
Né le 30 mars 1945 à Ripley, dans le Surrey (Angleterre), Eric Patrick Clapp, dit
Eric Clapton,
est orphelin de père inconnu. Confié dès l’âge de deux ans à ses
grands-parents, qui lui offrent sa première guitare sept ans plus tard,
il quitte rapidement l’école pour se consacrer à la musique.
Il
accompagne dans un premier temps différents chanteurs de folk-blues
dans les clubs londoniens. Au début de l’année 1963, il rejoint les
Roosters, dont le répertoire est essentiellement fait de reprises de standards de blues
Elmore James, Muddy Waters, Robert Johnson, etc.
En octobre 1963, Eric Clapton remplace
Anthony Topham au sein des
Yardbirds. Surnommé ironiquement
Slowhand
(littéralement « main lente ») par son manager stigmatisant par
antiphrase sa virtuosité, son « attaque » et sa vitesse d’exécution
incomparables lors de ses solos de guitare, il contribue au succès
important que connaît le groupe en Angleterre. Présent sur «
I Wish You Would » (1964) et
Five Live Yardbirds,
album enregistré en public au Marquee de Londres, il quitte néanmoins
les Yardbirds en 1965 ; l’orientation « pop » que donne à entendre le
morceau «
For Your Love » ne s’accorde en effet plus avec son amour du blues, qu’il entend partager et diffuser au sein d’une autre formation.
John Mayall lui offre alors dès 1965 une place parmi ses
Bluesbreakers,
artisans de la renaissance du blues en Grande-Bretagne (voir rock).
Avec sa guitare Gibson branchée sur un ampli Marshall, Eric Clapton
adopte un style fondé sur des sonorités distordues au cours de concerts
devenus à ce point légendaires que des slogans tels que Clapton Is God
(« Clapton est Dieu ») fleurissent sur les murs de la capitale
anglaise, transformant ainsi un musicien surdoué de 20 ans en une
légende vivante.
Artiste discret et fidèle depuis le début de sa
carrière aux influences blues qui ont déterminé son parcours musical,
Eric Clapton figure parmi les guitaristes les plus accomplis et les
plus influents de l’histoire du rock. Virtuose aux qualités techniques
exceptionnelles, adepte d’un jeu à la fois subtil et classique la
fluidité de son jeu et son phrasé unique ont fait de nombreux émules ,
il a révolutionné l’art de cet instrument et s’est révélé comme l’une
des personnalités les plus marquantes de la scène rock internationale.
Désormais vedette internationale, Eric Clapton fonde
Cream en 1966 avec
Jack Bruce (basse) et
Ginger Baker
(batterie). Préfigurant la formule du power trio (littéralement « trio
puissant »), reprise et portée à son acmé quelques mois plus tard par
The
Jimi Hendrix Experience, le groupe enregistre quatre albums – chacun recèle au moins un single (dans l’ordre chronologique, «
I Feel Free », «
Strange Brew », «
Sunshine of Your Love » ou encore «
White Room
») devenu classique du rock au fil des années et des nombreuses
reprises — et assied sa notoriété sur scène ; chaque musicien y laisse
libre cours à de longues et impressionnantes improvisations imprégnées
de psychédélisme (voir mouvement hippie) et démontre des capacités
techniques jusque-là inconnues du monde du rock. Particulièrement
influent, Cream est souvent présenté comme l’un des groupes précurseurs
du blues-rock et du son hard rock, rapidement imité, par
Led Zeppelin notamment.
Célèbre en Grande-Bretagne et aux États-Unis, Eric Clapton saborde Cream et se lie d’amitié avec
Steve Winwood chanteur du groupe
Traffic; ils fondent conjointement
Blind Faith
en 1968, toujours en compagnie de Ginger Baker, le temps d’un album et
d’une tournée triomphale sur le territoire américain. Il est engagé par
Delaney & Bonnie (qui ont assuré la première partie de Blind
Faith), puis par
The Plastic Ono Band groupe de
John Lennon et
Yoko Ono. Par la suite, il tente une première aventure solitaire — Eric Clapton (1970), sur lequel figure notamment la reprise de
J.J. Cale, «
After Midnight » avant de créer
Derek & the Dominos en 1970.
Présents sur l’album
All Things Must Pass (1970) de
George Harrison (ex-Beatles),
Bobby Whitlock (orgue),
Carl Radle (basse),
Jim Gordon (batterie) et Eric Clapton gravent
Layla and Other Assorted Love Songs (1970), dont le titre «
Layla
» contient l’un des riffs (motif mélodique et / ou rythmique récurrent
au cours d’une chanson) les plus célèbres de la musique rock, à
l’instar des fameuses notes de guitare du «
Satisfaction » des
Rolling Stones. Les dix-huit minutes du «
Let It Rain
» interprété au Fillmore East de New York en octobre 1970 remettent en
mémoire les performances scéniques explosives de Cream. Toutefois
l’album studio reçoit un accueil critique et populaire mitigé, ce qui
plonge Eric Clapton dans une dépression nerveuse favorisée par une
consommation régulière de drogues et la mort de plusieurs amis, parmi
lesquels
Brian Jones (guitariste et membre fondateur des Rolling Stones) et
Jimi Hendrix.
Reclus
dans une maison de la campagne anglaise, Eric Clapton ne rompt son
isolement volontaire de dix-huit mois que pour accompagner George
Harrison lors d’un concert donné au bénéfice du Bangladesh. Puis le
concert organisé en son honneur sur l’initiative de
Pete Townshend (guitariste des
Who)
au Rainbow de Londres lui permet de reprendre goût à la vie et à la
musique et de réapparaître sur le devant de la scène internationale.
461 Ocean Boulevard (1974) est le premier album d’une série d’enregistrements qui comprend notamment
No Reason To Cry (1976),
E.C. Was Here (1977) ou encore
Backless
(1978) — donnant à entendre un style apaisé et des compositions
intimistes (parfois autobiographiques) où les arrangements vocaux et
les mélodies dominent.
Si son jeu de guitare, pourtant
particulièrement innovant dans les années soixante, est moins en
évidence pendant cette décennie, sa réputation d’instrumentiste
demeure, soutenue par des tubes tels que «
I Shot the Sheriff », une reprise de
Bob Dylan «
Knockin’ on Heaven’s Door » , «
Lay Down Sally », ou encore une lecture personnelle de «
Cocaïne
», morceau écrit par J.J. Cale. Symbole d’une période de transition
dans la carrière d’Eric Clapton, le double album live paru en 1980 (
Just One Night), enregistré au Budokan de Tokyo en compagnie du guitariste
Albert Lee
notamment, avec lequel il partage certains solos, montre un musicien de
nouveau en pleine possession de ses moyens techniques et sûr de son
talent, intact malgré dix années beaucoup moins riches.
Au
cœur d’un univers musical désormais placé sous la domination de la
chaîne de télévision américaine MTV et de productions calibrées pour ce
qui est devenu un véritable « marché du rock », Eric Clapton éprouve
des difficultés à se positionner, malgré l’apport de musiciens tels que
Albert Lee de nouveau ou
Ry Cooder ;
Another Ticket (1981) et
Money and Cigarettes
(1983), réalisés entre différentes cures de désintoxication (drogues,
puis alcool), témoignent ainsi d’une inspiration considérablement
essoufflée et d’une incapacité à se renouveler.
En 1985 cependant, Eric Clapton participe au Live Aid gigantesque concert donné, sous la houlette de
Bob Geldof,
à Philadelphie et à Londres pour tenter de récolter des fonds destinés
aux pays d’Afrique touchés par la famine — et se lie d’amitié avec
Phil Collins batteur et chanteur du groupe
Genesis depuis le départ de
Peter Gabriel, qui produit
Behind the Sun (1985), puis
August
(1986), sorte de retour aux sources rhythm and blues qui ont influencé
le guitariste dès ses débuts. Compositeur de musiques de films
l’Arme fatale, Homeboy dont l’œuvre est par ailleurs célébrée lors de la sortie du coffret
Crossroads en 1988, Eric Clapton est désormais sollicité de toutes parts et enregistre
Journeyman (1989) dans un climat de sérénité retrouvée.
Le
début des années quatre-vingt dix est cependant marqué par deux
tragédies décisives dans l’évolution de la carrière d’Eric Clapton : la
disparition de son ami
Stevie Ray Vaughan lors d’un
concert de blues à Chicago en 1990, dont les deux guitaristes devaient
partager l’affiche, et la mort accidentelle, en 1991, de son fils
Connor, âgé de 4 ans, à la mémoire duquel il écrit la chanson «
Tears in Heaven », dont la force émotionnelle particulièrement intense frappe l’imagination du public à travers le monde entier.
Parallèlement
à ses concerts hivernaux et annuels au Royal Albert Hall de Londres,
Eric Clapton participe à l’émission Unplugged (ou, littéralement, «
débranché ») de MTV et signe en 1992 l’un de ses albums les plus
aboutis et les plus émouvants (Unplugged) : proche de la perfection sur
certains standards de blues interprétés pour l’occasion de façon
acoustique, le style y est chaleureux et subtil, tout en nuances et
délicatesse. Indéniablement, le guitariste retrouve le plaisir de
jouer, notamment le blues auquel il rend de nouveau hommage en 1994 sur
le disque From the Cradle dédié dans son intégralité à cette musique, à
la fois cri de douleur et d’espoir, parfait reflet d’une carrière faite
de moments de gloire et d’errance personnelle et artistique.
Eric Clapton publie par la suite
Pilgrim (1998),
King of the road avec
B.B. King (2000) et
Reptile (2001).